Rebekka Deubner | La terre amoureuse (se dit de la terre qui colle aux bottes)

Croisière, Les Rencontres d'Arles

En mars 2023, Rebekka Deubner se rend à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, pour prendre part aux manifestations contre les projets de mégabassines. La violence de la répression est immédiate et l’événement rapidement réduit à des images spectaculaires et des récits simplificateurs. Ce qui s’efface alors lui semble pourtant essentiel. C’est vers cet espace, hors champ, qu’elle choisit de revenir, presque chaque mois, d’avril 2023 à décembre 2025.

Parcourant du nord au sud le département au fil des saisons, elle partage le quotidien de celles et ceux qui vivent et travaillent ces terres. Amandine, Martial, Valentin, Rémi, Benoit et Jean-Jacques – éleveur·ses, maraîcher·ères, militant·es écologistes – l’initient à leurs pratiques, au rythme d’actions ordinaires et répétées : clôturer, irriguer, désherber, semer, récolter, observer, nourrir. Autant de gestes qui ancrent le corps dans la durée et déplacent le regard, à rebours des images d’Épinal.

Peu à peu, une autre géographie se dessine, faite de parcelles cultivées, de serres, de haies et de mares, des abords de la bassine de Sainte-Soline aux rives asséchées du Mignon. L’eau, tout à la fois présente et absente, constitue le fil rouge de cet ensemble pensé comme un long mouvement continu. Elle circule, manque, stagne, puis disparaît. Ressource vitale et enjeu politique, elle traverse les images sans jamais se fixer, comme pour résister à toute simplification.

Au plus près de la terre et des transformations qui la façonnent, Rebekka Deubner inscrit l’image dans une expérience partagée. Elle ne précède pas la relation, elle en procède. Plutôt que d’expliquer ou de convaincre, ce travail s’attache à ce qui résiste à la démonstration : les temporalités longues, la répétition, les formes d’attention qui rendent possible l’engagement. L’image n’en est plus le centre, mais l’un des effets.

Julie Héraut

6 juillet - 4 octobre 2026