En 1937, le poète, muséographe et homme politique originaire du Tabasco, Carlos Pellicer Cámara, publie Hora de junio (L’Heure de juin), un recueil écrit entre 1929 et 1936 et largement considéré comme un tournant dans son œuvre. Publié peu après son quarantième anniversaire, le livre s’éloigne de l’exubérance tropicale de ses premiers poèmes pour explorer un territoire plus intime, plus retenu et plus mélancolique. Tout au long de ses pages, Pellicer semble évoquer la perte d’un être proche sans jamais le nommer directement ; il parle de la lumière changeante du jour, de la pluie, de la nature, et de la relation entre les mondes intérieur et extérieur. Certains critiques ont vu dans Hora de junio l’un des premiers recueils de poésie homoérotique de la littérature mexicaine : un livre façonné par le désir, la perte et tout ce qui demeure à peine dicible. Je me demande parfois si certains des poèmes de Hora de junio ont été écrits au moment où Pellicer commençait à imaginer le musée comme une forme poétique. Il en vint à penser le musée comme on pense un poème : une structure organisée par le rythme, les silences et les résonances. L’exposition emprunte son titre, Hora de junio, à cette idée. Pour Pellicer, disposer des objets dans un musée revenait à disposer des vers sur une page. La muséographie devenait ainsi le prolongement naturel de sa pratique poétique, une forme de ce qu’il appelait une « poésie plastique ». Cette manière de comprendre l’espace influença profondément Pedro Ramírez Vázquez, ce qui deviendra évident des années plus tard dans des projets comme le Musée national d’anthropologie. Chez l’un comme chez l’autre, le musée n’apparaît pas seulement comme un contenant d’objets, mais comme une expérience façonnée par le mouvement, la lumière et l’émotion. Lorsque l’on m’a invité à organiser une exposition dans la maison de l’architecte à El Pedregal — peut-être le plus intime de tous ses espaces — la première chose qui m’est venue à l’esprit fut la mémoire portée par les objets, ainsi que les vies de celles et ceux qui avaient habité cette maison. J’ai pensé au lien entre les idées muséographiques de Pellicer et l’œuvre la plus personnelle de Ramírez Vázquez : sa propre demeure. Qui a donné vie à cet endroit ? Quels souvenirs continuent de l’habiter ? Cette exposition est un hommage à tous ses habitants, vivants et morts ; aux fantômes du passé comme aux mondes privés de ceux qui ont traversé cette maison. En ce mois de juin, la maison elle-même devient un personnage à part entière.
Artistes participants :
ASMA, Lola Álvarez Bravo, Manuel Álvarez Bravo, Jose Bonell, Lucas Cantú, June Crespo, Librado García Smarth, Hervé Guibert, Kati Horna, Marie Lund, Carlos H. Matos, Ana Pellicer, Tania Pérez Córdova, Pedro Ramírez Vázquez, Julia Rometti, Armando Salas Portugal, Jorge Satorre, Alan Sierra, Teresa Serrano.
