Thierry Girard - L’arpenteur du monde moderne


Thierry Girard est un arpenteur. Celui qui, au sens étymologique, mesure les terres. Depuis plus de trente ans, Thierry Girard prend la mesure du monde dans sa dimension philosophique et poétique.  Il observe des parties du monde, il les parcourt et les photographie. Les récits de ses voyages qui accompagnent la plupart de ses livres, admirablement écrits, rendent compte de son profond attachement au territoire, au paysage rural et urbain.


Thierry Girard est aussi un explorateur. Celui qui part à la découverte de territoires inconnus. En voyant l’ensemble de l’œuvre de Thierry Girard, on se dit que l’homme n’a  pas oublié les récits d’expéditions de sa jeunesse tant il s’en inspire dans son approche photographique. On l’imagine  plongé dans la littérature passionnante des explorateurs du XIXe siècle bardés de lourd et encombrant matériel photographique nécessaire à leur périple.


Arpenteur et explorateur, Thierry Girard part à la découverte d’un monde en mutation. Témoin attentif et passionné, il peut décider de partir sur les terres lointaines et caillouteuses de Saint-Pierre et Miquelon pour en revenir avec le très bel ouvrage de Langlade, Miquelon et Saint-Pierre, arpenter une partie de la Chine moderne avec Voyages au pays du réel ou bien composer un parcours pictural, inspiré par deux explorateurs du début du XIXème siècle partis au Japon, avec la Route du Tôkaidô. Mais il se passionne aussi et surtout sur les régions de France, que l’on croit connaître et arrive à les transcender.

En 1982, le territoire de la Flandre occupe cinq mois de sa vie. De ce long périple, il en rapporte un livre sombre et magnifique, proche de l’univers des américains Walker Evans et Lee Friedlander. « Far Westhoek »  rend compte d’une réalité inattendue dans la région de Dunkerque. Fasciné par le caractère excessif des paysages qu’il parcourt, il rédige un carnet de route de février à juin dans lequel la phrase introductive résume son oeuvre : « Lorsque je  découvre une ville ou une région, ce qui arrête mon regard en premier lieu avant les hommes, leur comportement, leurs traits, c’est la nature de l’espace qui les environne ». « Far Westhoek »  raconte les lumières extrêmes, la limpidité des hivers septentrionaux, la tristesse des jours de brume et de pluie, les abris bus désoeuvrés et les chemins oubliés.

Les thèmes chers à Thierry Girard et la mise en place des atmosphères de ses explorations  sont posés.


Le mode opératoire demeure depuis le même. Si au départ, une commande l’incite à partir, l’ailleurs devient pour lui une réelle source d’inspiration. L’homme a besoin de s’imprégner physiquement du paysage. Armé de son matériel, il parcourt des kilomètres le long des littorales, dans les forêts, parmi les villages et les villes.


Cet arpenteur du monde réel donne à voir la réalité de paysages urbains ou ruraux dans laquelle la présence humaine est souvent absente. Pour autant lorsqu’il aborde le portrait avec une approche picturale évidente, on est frappé par la dimension spirituelle qui s’en dégage. La vierge à l’enfant paru dans Un voyage en Saintonge, vibrant hommage à la peinture italienne et ses icônes, en est une des plus belles représentations.


Béatrice Andrieux

Octobre 2009

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