TEXTES

FULGURANCE

Trop peu connu, et disparu trop tôt pour pouvoir prétendre à une véritable reconnaissance de son vivant, Rodolf Hervé fait partie de ces artistes qui, pour paraphraser Bergson,  appartiennent à l’avenir.


Cette série de Polaroïd, prise entre 1986 et 1993 est un véritable manifeste.

Torsions, dilatations, superpositions, grattages, tous ces dispositifs d’enregistrement sont au service d’une quête : sortir du figuratif, dégager des présences, des forces, par-delà la représentation.


Libre de toute contrainte et tout entier tourné vers une incarnation de la pensée en action, cette manière d’aborder la représentation du visible rend Rodolf Hervé d’une modernité étonnante et paraît éclaircir d’un œil nouveau tout un pan de la photographie de ces dix dernières années.


À la fois hallucinatoire, surréalisante et conceptuelle, cette œuvre m’apparaît prémonitoire de l’ensemble des problématiques de la photographie contemporaine. Car aujourd’hui, la photographie subit une mutation sans précédent. Alors que le monde du visible est presque entièrement documenté, la photographie contemporaine  invente des postures, des trajectoires entre réalité et fiction. Elle devient un médium fluide dont s’emparent les artistes chacun à leur manière. À la relecture des photographies de Rodolf Hervé, nous ressentons quasi physiquement cette urgence d’éprouver, de provoquer des sensations, d’expérimenter  la vie sous tous ses aspects, de prendre son corps comme premier terrain d’expérimentation. Ce qui fait écho à la phrase de Bacon : « rapportée au corps, la sensation cesse d’être représentative, elle devient réelle ».


Stéphane Couturier

R O D O L F   H E R V É

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